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mercredi, juin 18, 2014

Lagwagon : Chronique «Hoss» par Allex Bel.

Si vous cherchez le band parfait, retenez ce nom : Lagwagon. La discographie du groupe, pleine d'oeuvres exceptionnelles, vous convaincra de son excellence. En matière de punk rock, LW a poussé les limites du style jusqu'à les redéfinir. Grâce à eux nous ne comprendrons plus le mot punk de la même façon. Sorti en 1995 et troisième d'une carrière alors sans faille, «Hoss» représente une étape cruciale dans l'évolution de Lagwagon mais aussi dans celle de la musique de la décennie.

Icône méconnue de son époque, LW et cet album illustrent à merveille où en était le punk rock à l'apogée de son âge d'or, avant sa récupération commerciale quasi industrielle et les transformations de standards en production audio.  Découvrez ce groupe, cet album et leur musique mature, intelligente et inventive.

Remarquable pochette.
Aux États-Unis, on associe le mot Hoss a un surnom, désignant un homme corpulent et bienveillant. Personnage vedette d'une vieille série télé américaine, « Bonanza », diffusée durant les années 50 aux États-Unis, Hoss pose sur l'insolite pochette,  étrangement country de «Hoss». L'integrité morale de Hoss (le personnage) aurait modelé la mentalité des gars de Lag Wagon: dans l'émission, Hoss était le plus gentil et le plus aimable; il inspirait la sympathie, transpirait d'honnêteté. Mais... quel rapport avec le contenu de ce disque?? à nous, auditeurs, de le déduire.

«Hoss» ou le cheval au gallop.
Suite logique de «Duh!» (1er album) et «Thrashed» (2e album), «Hoss» nous laisse découvrir un LW moins agressif, plus complexe dans ses compositions, plus mélodique dans son approche. Voici un groupe en pleine possession de ses moyens, dont les performances techniques et l'expression musicale suit une indéniable évolution. Sur «Hoss», LW a le vent dans les voiles ou... le feu au derrière. Avec la même intensité, la même vélocité, LW extériorise sur Hoss une rare maturité, sans perdre la hargne et la fraîcheur de son approche juvénile.

Sur «Hoss» les morceaux explosent riches et florissants, multi-dimensionnels, brillants. Du début à la fin, à mesure que s'enfilent les chefs-d'oeuvre de la face A et les morceaux succincts de la face B, l'album dévoile à la fois une bonne variété dans ses chansons qu'une uniformité dans la maîtrise d'un style qu'eux-mêmes définissent : ce punk rock complexe où fusionnent technicité metal et sensibilités pop. Dans l'obsession envoûtante de la mélodie et un souci constant du détail, LW s'affirme avec Hoss au sommet de son art et s'affranchit de tout effet de mode. La qualité perdurera

Des bonnes tunes!
Dans un habile dosage de virtuosités, chaque élément de «Hoss» dessert un seul but : la chanson!Dramatiques, âpres, acerbes, parfois drôles, chaque pièce tranche à vif et laisse son empreinte, tel les marques de blessures profondes... En dépit des souffrances exprimées, rien sur Hoss ne sonne mieilleux ou sirupeux. Le ton de LW demeure sec, direct, jeune, nerveux, rude, acide plutôt que suave ou doucereux. D'un chant juste, pathétique mais émouvant, Joey Cape frappe et arrache; ses paroles, sérieuses, expressives, contrastent avec les harmonies vocales et les soigneuses mélodies de l'album. 

Superficialités des modes, hypocrisie des pairs, réputations, rumeurs, maladie, fins de relation, confidences et comportements douteux... de strophes en strophes l'on survole maints sujets délicats. Avec savoir-faire mais non sans émotion, LW et Joey Cape en arrivent à articuler avec justesse les politiques relationnelles de la vie sociale nord-américaine. À ce niveau, Hoss constitue un ouvrage de référence

Avec son troisème album, le groupe phare du punk rock gagnait son épanouissement, parvenait à Maturité.Or, quelques mois plus tard, Lag Wagon implosera.Shaun Dewey (2ème guitare) et Derrick Plourde (batteur, qui se suicidera en 2005) quitteront le groupe en 1996, après la tournée mondiale pour l'album. Changement majeur, qui aura laissé le temps à LW de réaliser un album exceptionnel qui transcende désormais les genres, les modes et les époques. «Hoss» est formidable mais subtil : ça s'adresse avant tout aux mélomanes les plus ouverts parmi les amateurs du genre... à écouter sans modération.

Courte revue des pièces :


«Kids Don't Like to Share» – 2:40
Ouverture avec résonnances spirituelles ambigües. On parle de mode, de courants d'idées, de passions indues, en un mot de superficialités masquées par le sceau du tabou et de l'intouchable...

«Violins» – 3:07
Irrésistible, contagieux, communicatif. peut-être le plus accrocheur des refrains jamais composés! L'une des meilleures pièces de Lag Wagon. À ce point-là!

«Name Dropping» – 2:33
Skatepunk typique, l'album adopte sa vitesse de croisière. Emblématique des thèmes abordés par Lag Wagon, on y relate avec ironie l'hypocrisie des placotages et des relations sociales.

«Bombs Away» – 3:26
Échantillon réunissant les meilleures qualités de l'album :  sensibilités pop, ton expressif, structure complexe, paroles subtiles et commentaire inédit.

«Move the Car» – 3:20
Fondé sur un simple riff de basse, ça sonne « original » et ça diversifie  l'album. On respire un peu avant les gros tubes....

«Sleep» – 1:55
Paru ensuite sur la célèbre compilation : «Survival of the fattest, Fat music vol. II». Pièce pop hors pair arrocheuse à l'extrême. Aurait pu être un hit (si le groupe en avait décidé ainsi).

«Sick» – 2:56
Personnellement ma chanson préférée de Lagwagon...
confessions d'un malade prisonnier de son lit. Sujet rarement abordé dans la musique en général! Arrangement complexe et intriguant, un délice pour les oreilles.

«Rifle» – 2:52
Avec son 40 secondes de solo de batterie en introduction, Rifle annonce une coupure dans l'album. voici le début de la face B : les 6 prochaines pièces, courtes, simples, rapides, suivent à la lettre les conventions du punk rock mélodique traditionnel. Punchs en syncopes et riffs complexes, structures simples avec légères touches d'innovation, à partir d'ici les paroles semblent primer sur la musique.

«Weak» – 2:36
Pièce méconnue, profonde et intelligente. Critique du comportements d'un abuseur intimidateur. Aie honte de tes actes :  Lagwagon te pointe du doigt.

«Black Eyes» – 3:13
Publiée dix ans plus tard, la reprise accoustique de cette pièce lui a redonné ses lettres de noblesse. Histoire d'un homme simple dont les valeurs et croyances s'écroulent avec l'expérience.

«Bro Dependent» – 1:39
Pièce plus faible musicalement qui juxtapose alcool, amitiés et inertie existentielle.

«Razor Burn» – 2:37
Défoulement d'un gars qui vient d'être crissé là. Superbe et jubilatoire...

«Shaving Your Head» – 2:42
Parfait petit morceau de punk rock sans refrain.

«Ride the Snake» – 3:09   
Conclusion de l'album. Pièce lente, émotionnelle, lancinante, quelque peu dépressive, poignante. Témoignage de sympathie amicale. Forte finale qui rajoute de l'impact à l'ensemble.

En résumé, l'intensité de «Hoss» suit une ascension rapide, atteint son paroxysme avec «Sleep» et «Sick» pour s'atténuer jusqu'à une fermeture originale mais ouverte.

Note 9,25/10

(Écrit par : AllexBel.net)

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